Source : Nasa / Lauretta et al (2024) / Universe Today
À l’automne 2023, la sonde OSIRIS-Rex de la NASA a ramené sur Terre l’impressionnant échantillon de 121,6 grammes de poussière d’astéroïde pure. L’astéroïde échantillonné est Bennu, un morceau carboné primitif de débris spatial d’une taille de 490 mètres. Que nous apprennent les premiers relevés effectués sur cet échantillon ?
Bennu est très riche en carbone (près de 5 % de son poids) et en azote. Il contient également beaucoup de matière organique. Sa composition élémentaire est à peu près la même que celle du Soleil, elle est donc représentative du matériau primordial à partir duquel le système solaire s’est formé. Les minéraux sont originaux, ils n’ont pas été formés à partir de roches en fusion qui ont été resolidifiées.
L’échantillon contient de nombreux minéraux argileux, notamment de la serpentine, ainsi que des carbonates, des sulfures et des oxydes de fer, et des phosphates solubles dans l’eau. Ce sont des indications fortes que cette matière a pris naissance dans une colonne d’eau : un monde océanique ! C’est une composition typique d’un endroit où le magma entre en contact avec l’eau sur le plancher océanique, comme les cheminées hydrothermales terrestres. D’autres options n’ont pas été complètement écartées, mais l’hypothèse du monde aquatique est certainement la plus probable.
La découverte des phosphates Mg-Na solubles dans l’eau est tout à fait remarquable. Dans les échantillons de Bennu, ceux-ci sont très purs et nettement concentrés, contrairement aux phosphates trouvés dans l’échantillon de Ryugu provenant de la sonde japonaise Hayabusa-2. Ce phosphate, ainsi que les autres minéraux trouvés, ont vraisemblablement été déposés dans des sources hydrothermales. De plus, ce type de phosphate Mg-Na est principalement produit biologiquement dans les sources hydrothermales terrestres. Par ailleurs, ce phosphate n’a pas été détecté in situ par la sonde OSIRIS-Rex. Il fallait donc vraiment renvoyer un échantillon.


Nous pouvons donc nous demander combien de « mondes » il y avait dans les premiers temps du système solaire sur lesquels se trouvaient des océans d’eau liquide. Nous savons que la Terre et Mars étaient des endroits habitables avec beaucoup d’eau à la surface, et très probablement Vénus aussi. Mais il est possible qu’il y ait eu beaucoup plus d’eau dans les premiers temps. L’une des questions passionnantes est la suivante : quel rôle ces mondes aquatiques ont-ils joué dans l’émergence de la vie dans notre système solaire ?
